mercredi 17 juillet 2013

Pour les vacances …


Travail vs Loisir


            Moins le travail occupe notre temps, plus il nous prend la tête. Voilà en résumé le grand paradoxe du travail à l’âge contemporain. En effet, d’un côté, le labeur représente désormais une part infime de nos existences, puisqu’il commence plus tard (vers 23 ans), finit plus tôt (vers 65 ans), avec une durée hebdomadaire moindre (35 h), alors même que nous vivons plus longtemps que jadis (80 ans). Après un rapide calcul : cela fait environ 10 % de notre temps de vie ! Mais, d’un autre côté, jamais ce même travail n’a été autant l’objet de nos soucis et de nos préoccupations : c’est la grande angoisse de ceux qui n’en ont pas encore (les jeunes) ou qui n’en ont plus (les chômeurs) ; et c’est la grande souffrance de ceux qui en ont mais qui trouvent toujours qu’ils en ont trop ! La pression, le stress, le harcèlement moral tendent à se substituer à la pénibilité et à l’usure physique d’autrefois.
En fait, on n’aime guère le travail pour lui-même — faut-il rappeler que son étymologie le relie à un instrument de torture : le trepalium ? —, mais davantage pour ce qu’il nous apporte, à savoir l’argent, l’occupation, la liberté, la reconnaissance, le lien social, l’identité. Travaillerait-on si l’on pouvait accéder à tout cela par un autre moyen ?
            C’est ce qui nous fait rêver à une vie de loisir, consacrée aux activités qui nous plaisent vraiment sans nous forcer ; celles qui contribuent à donner ce sens qui, bien souvent, dans la frénésie professionnelle, nous fait défaut. Les Grecs appelaient cela skholè (qui donnera école) ; les Romains otium (avec son opposé  neg-otium à l’origine de notre « négoce ») ; les Juifs le Shabbat. Nos contemporains le nomment parfois retraite. A condition de percevoir que ce loisir-là n’a pas grand chose à voir avec la distraction, le sport ou le divertissement — c’est-à-dire avec le repos nécessaire à la reconstruction des forces de travail. Non, si le loisir philosophique désigne le temps libre, ce n’est pas parce qu’il est vacant, mais parce qu’on parvient à s’y rendre plus libre. C’est la grande thèse que défend Sénèque dans De la brièveté de la vie.
L’homme, dit-il, possède une impressionnante capacité à se gâcher la seule vie qu’il possède : il ne cesse de regretter le passé et de craindre l’avenir ; quand il est seul, il ne pense qu’aux autres et quand il est avec les autres il ne pense qu’à lui ; il remplit son existence d’activités inutiles qui tournent en rond sans autres finalités qu’elles-mêmes : les affaires … Bref, son existence n’est qu’une succession de temps morts qui repoussent à plus tard la vraie vie. Mais celle-ci s’arrête toujours avant qu’il soit prêt. C’est pourquoi à la vie laborieuse et vaine, Sénèque oppose la voie du sage qui, grâce à la pratique du loisir studieux, l’étude des sagesses et des merveilles du monde, veille à se préparer à la mort pour mieux profiter de la vie. L’homme affairé se croyant immortel ne vit pas tandis que le sage se sachant mortel peut prétendre à une forme d’immortalité.
            Magnifique thèse, toujours actuelle, mais qui nous semblera pourtant un brin « aristocratique ». Car il n’est pas si aisé de vivre de loisirs ! De fait, les modernes vont opposer à ce mépris du travail, l’idée que c’est au contraire le travail qui rend libre. Luther, Locke, Adam Smith, Kant, Marx verront dans le labeur le propre, voire le salut de l’homme ; et l’existence oisive leur paraîtra peu conforme à sa condition. Pour eux, s’il y a toujours un mauvais travail qui aliène et abrutit, il y a aussi une valeur-travail qui transforme et épanouit bien au-delà de la vie professionnelle. Les deux thèses en fait ne sont pas si éloignées, dès lors qu’on considère le travail non comme une fin mais comme un moyen : celui pour l’homme de se faire plus humain. Le travail est fait pour l’homme et non l’homme pour le travail ! Cela dit, le dilemme philosophique entre Sénèque et les modernes se retrouve dans les opinions des Français d’aujourd’hui. Ceux-ci, interrogés par sondage, se déclarent à peu près dans la même proportion (70%) à la fois heureux au travail et impatients de la retraite … allez comprendre !

mardi 16 juillet 2013

Europe 1 (bis)


Je serai mercredi 17 juillet à 11H30 dans l’émission « Europe1-midi le débat » présentée par Patrick Roger.

Titre de l’émission: « Y-a-t-il plusieurs âges ingrats ?»

Invités :
-Catherine Bergeret Amselek, psychanalyste spécialiste des âges clés de la vie, auteur de « L’avancée en âge, un art de vivre » aux éditions Eres

-Pierre-Henri Tavoillot, philosophe, auteur du « Petit Almanach du sens de la vie » aux éditions livre de poche

vendredi 12 juillet 2013

Europe 1 le 13 juillet

Je serai sur Europe 1, ce samedi 13 juillet pour parler des âges de la vie et de l'âge dans la vie … C'est l'émission d'Arlette Chabot, vers 9h 40 …