lundi 16 novembre 2015

Et maintenant : que faire ?

Après le 7 janvier, on aspirait à l’unité : ce fut le 11 janvier — un symbole.
Après le 13 novembre, il faut réfléchir à l’efficacité, avec lucidité et sang froid.

Que faire donc ?
Trois choses pour l’essentiel

1) Première chose : la sécurité ! On parle de guerre ; et sans doute, en effet, une guerre nous a été déclarée et nous menons des actions de guerre. Mais sommes-nous pour autant en guerre ?  Au sens rigoureux une guerre suppose de mobiliser toutes les forces vives de la nation : humaines, matérielles et spirituelles. Or nous n’en sommes pas là. C’est d’ailleurs tout le problème actuel : comment parvenir à dramatiser durablement l’événement alors même que nous allons continuer à vivre comme tous les jours ? … Avant que, à nouveau, dans une semaine, trois semaines, trois mois … le terrorisme frappe une nouvelle fois. Entre la tendance naturelle à la quiétude qui est le propre des sociétés démocratiques et la présence de cette menace grave, mais ponctuelle : comment trancher ? Et surtout comment faire durer le sentiment de cette menace alors même que tout reprendra comme avant : nos petites querelles, nos petits soucis, notre insouciance … ? Qui nous mettent à la merci de nos ennemis.
Il y a tout de même un point sur lequel on peut agir et, en un sens, changer : alors qu’on demande aux forces de l’ordre d’assurer toujours davantage notre protection ; on n’entend pas assez parler sur les devoirs des citoyens de s’en charger aussi. Il faut donc que notre société civile s’éduque à la protection civile, qu’elle participe à sa propre sécurité : le bon réflexe, l’alerte juste, le sang froid, le sens civique, l’attention aux autres dans le quotidien, le souci des biens communs  … Que de choses à réapprendre qui ont été délaissées ! Israël nous donne l’exemple d’une démocratie sous menace qui se défend sans se renier. Et à ceux que cette phrase choquerait, je dis : laissons-là toute polémique pro et contra Israël pour ne tirer que ses leçons pratiques sur ce point. Et sachons distinguer vigilance et paranoïa ; signalement et délation ; défiance et hystérie. Les premiers sont aujourd’hui devenus indispensables ; le secondes pourront être neutralisées si nous nous souvenons que l’histoire peut être tragique. Nous l’avions tellement oublié que nous semblons là tout à fait démunis.

2) Deuxième chose : le débat ! Il va revenir, il est déjà revenu, car notre démocratie est bavarde (par essence) et chacun veut placer son (bon) mot, comme je le fais moi-même en ce moment. Il y aura — et il y a déjà — des excommunions, des anathèmes, des prophéties dans notre espace public pourtant réputé laïc … Chacun trouve dans le point de vue adverse des bons motifs d’indignation, d’exclusion, et de renforcement de soi et de son clan. Depuis les contempteurs de l’amalgame et de la stigmatisation jusqu'aux antimusulmans affichés, il y a tout une gamme plus ou moins cohérente de positions. Soyons plus zen à l’égard de ces débats, mais ne cherchons pas à les empêcher. L’unité nationale ne saurait exister dans le débat public sauf si celui-ci s’arrête. Il faut juste veiller à ce que la ligne rouge du « défaitisme » ne soit pas franchie : non la France n’est pas coupable des malheurs qui lui arrivent. Non les attentats ne sont pas la simple conséquence d’une intégration qui a échoué, de l’impérialisme colonial, du défaut de multiculturalisme. Non la France n'est pas son pire ennemi ! Il va falloir que la France s’aime un peu, si elle veut se défendre. Il va aussi falloir qu’elle sache qui elle est. Comme le dit l’adage : « La dictature, c’est ferme ta gueule ; la démocratie, c’est cause toujours ». C’est très bien de causer toujours, mais veillons juste que ces causeries n’entravent pas l’action ; ni ne donnent l’illusion d’agir … 

3) Troisième point : l’international. A l’évidence, Daech ne peut pas gagner, car c’est un monstre ; non pas seulement au sens moral, mais au sens biologique et idéologique. Il s’agit d’un mélange — non viable — de cette hypermodernité (celle du marketing, du business, des techniques de com, de l’individualisme… ) qu’il ne cesse de dénoncer par ailleurs et d’une religion traditionnelle dont il détruit tous les principes et tous les éléments. Comme tout système totalitaire, Daech est une idéologie qui mêle les pires aspects de la modernité et de la tradition. Mais si son effondrement est inéluctable, l’histoire nous apprend aussi que sa durée de vie et sa capacité de nuisance peuvent être grandes et terribles. D’où la nécessité de trouver des alliés sur le long terme pour lutter durablement. Ce ne devrait pas être trop difficile puisque je ne vois aucun Etat qui soutienne Daech et même aucun Etat qui ne soit pas son ennemi. L’infléchissement de nos alliances est plus qu'une nécessité, c'est une évidence : la Russie et même l’Iran doivent être nos coalisés. Bien sûr, nous devons le faire avec prudence et sans naïveté. Pour la Russie, en dépit de quelques réserves qui relèvent seulement de divergences d’intérêts géopolitiques, mais certainement pas de considérations morales, cela aurait dû être fait depuis longtemps : car c'est un acteur pleinement rationnel, doté d'une vision géopolitique limpide. Pour l’Iran, c’est sans doute plus complexe, mais tout aussi nécessaire.


Voilà donc ce que nous avons à faire : 1) intégrer le risque terroriste dans notre vie quotidienne ; 2) débattre sans nous affaiblir ; 3) renouer avec une vision non moralisatrice des relations internationales, car, en ce domaine la morale est un luxe qui n’est permis qu’en temps de paix.

2 commentaires:

  1. Merci pour ce bel éclairage.
    Il me semble qu’on pourrait préciser encore votre analyse en scindant votre quatrième paragraphe en deux (quitte à renoncer à la beauté de la forme triptyque). En effet, le combat idéologique international, dont vous ne doutez pas qu’il sera perdu, tôt ou tard, par Daech, me semble néanmoins indispensable à mener, et cet aspect mérite à mon sens d’être traité séparément de celui de l’action militaire et de la question des alliances.
    Je m’interroge, en particulier, sur le rôle des intellectuels du monde entier dans cette lutte idéologique où la maîtrise des nouvelles technologies de l’information joue un rôle que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer. Ce point serait pour moi le pendant de votre paragraphe sur le débat en France, au même titre que l’action militaire internationale est le pendant de l’action sécuritaire en France.

    RépondreSupprimer