jeudi 19 mai 2016

Qui est le peuple ?

Le Collège de philosophie
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Les séances se tiennent à l’Université Paris-Sorbonne
— Amphi Guizot, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris
Entrée libre dans la limite des places disponibles



Samedi 21 mai 2016 


à 14h - Amphi GUIZOT
QUI EST LE PEUPLE ? 
ART POLITIQUE ET DEMOCRATIE
avec

Pierre-Henri TAVOILLOT & Eric DESCHAVANNE 

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« La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». La formule de Lincoln est belle et elle trône en majesté dans notre Constitution, mais sa puissance cache deux énigmes : qui est le peuple ? Et comment gouverner ce peuple qu'il faut suivre ? 

Pour bien finir cette saison du Collège de philosophie, on s'exercera, sinon à élucider ces énigmes, du moins à inventorier les réponses possibles , … et impossibles !

mardi 17 mai 2016

Vieillir : pour ou contre ?

Résumé de l'intervention au Colloque « Vieillissement : mobilité, autonomie, adaptation »
Sorbonne Université, Campus de Jussieu, Amphi Charpak, 
Le 30 et 31 mai 2016
9h-17h


Paradoxale vieillesse de l’âge hypermoderne ! D’un côté, elle est plus sûre, plus durable, plus confortable que jamais, grâce aux retraites, aux progrès de la médecine et à l’augmentation de l’espérance de vie ; d’un autre côté, c’est tout le temps social, qui la réfute : les changements permanents, le culte du nouveau, les impératifs de l’urgence, l’aspiration à un épanouissement infini : tout ce qui semble vouer la pesante vieillesse au rebut. Si aujourd’hui, on vieillit de mieux en mieux — c’est la bonne nouvelle —, on sait de moins en moins pourquoi — c’est tout le problème. Alors, en effet, on peut s’interroger : vieillir pour quoi faire, si l’on ne peut plus rien faire ? Vieillir, à quoi bon, si l’on n’est plus bon à rien ?
On aurait pourtant tort de penser que cette interrogation est propre à l’époque contemporaine. A vrai dire, elle est même l’objet d’une des premières querelles philosophiques : celle qui a opposé au Ve siècle av. J.-C. le poète élégiaque Mimnerme de Colophon au sage athénien Solon. Celui-ci eut à cette occasion une formule fameuse — « en vieillissant, je continue d’apprendre » —, qui sera reprise et commenté par un nombre considérable de philosophes ultérieurs.

En reprenant les arguments pro et contra de cette longue querelle de la vieillesse, on parvient non seulement à identifier les grandes argumentations concurrentes sur le grand âge, mais aussi à mieux identifier ce qu’il y a de véritablement inédit dans la révolution contemporaine de la longévité.

dimanche 21 février 2016

La bataille de Verdun (Carnets de guerre de Paul Tavoillot)

Encore quelques extraits  de ce carnet de guerre de 14/18 de mon grand père, Paul Tavoillot. Le récit de loin puis de près de la bataille de Verdun (21 février-19 décembre 1916). Texte retranscrit par mon neveu Nicolas Chydériotis.

Paul Tavoillot, caporal au 99ème RI, 5ème compagnie. 
28ème division d’infanterie, 14ème Corps d’Armée, 1ère Armée.
21 février 1916 :  Le canon ronfle rudement du côté de Verdun. Gare ma permission !

27. Mosson. Epinal[1]. Voul. Marche nocturne très dure, verglas, froid. Tristes pensées le long de cette route qu’a peut-être suivie Joseph. 30 km Toul.

29. Arrivée à Oey, à 6h matin ; Village endormi. Vannés.

Oey - Salmagne. Salmagne - Rignaucourt. (40km) Rignaucourt à Monthairons. Monthairons – Diene. Diene – Béholle. Béholle – Rouvaux. [2]
Marmites. Poux. Flotte. Flotte, poux, marmites. Poux, flotte, marmites… Verdun…

1er avril. Retour Béholle. Détente délicieuse, beau temps. Puis, tout à coup, pluie et marmites.

11. Réserve d’armée à Chaumont-sur-Aire[3]. Temps épouvantable. Pour combien de jours de repos ? Ce séjour dans le secteur nous a coûté presque autant que toute la campagne de Champagne.
300 pertes, blessés, malades, et 80 morts.

Cimetière de Chaumont : fosse commune : un fil de fer relie le cou du mort au pied de la croix.

14. O ! printemps !

16. D.) Comment enterre-t’on les morts, à Ch. / Aire, à 20 km du feu ?
       R.) Comme des chiens.
            Une immense fosse commune qui baille comiquement au soleil, profonde de 2m environ, et enrichie de flaques d’eau. On les y met les uns à côté des autres, chacun son tour. Le dernier arrivé est à peine couvert de terre.
…………Deux fourgons sortent de l’ambulance, le prêtre en flèche, deux territoriaux sales comme des peignes  en franc, le fusil sous le bras…
On arrive. Le mort est descendu sur un brancard, mou encore, saucissonné dans une toile d’emballage, étiqueté. « Biche-le !... » Un nécromant le prend par la ligature du coup, l’autre par celle des pieds, et le couchent dans l’eau. Puis on serre le cou d’un fil de fer qui le reliera au pied de la croix et servira à l’identification du squelette, plus tard, après la guerre, si quelqu’un veut venir en prendre livraison. On retirera au moins quelques vertèbres.
            L’autre, amputé d’une cuisse, saignant encore, gros comme rien dans son rude linceul, est collé sans plus de façon à côté du 1er. Quelques coups de goupillon, les [-] poilus qui s’en vont, le dos barré du fling[4], les mains dans les poches, les femmes partant indifférentes, comme elles ont assisté indifférentes à la « cérémonie » ; et les 1ères pelletées de terre…
                       Par là-dessus, un grand soleil clair qui s’en fout.
…………..A côté de l’ambulance, un embusqué chante la Marseillaise, accompagné par les cuivres en sourdine. « Vous aurez le sublime orgueil… »
Pauvres bougres, si vous comptez sur ce bras vengeur, pas même fichu de vous faire un cercueil et une tombe !....

O ! Printemps ! printemps ! printemps !

19. Enlèvement en auto à 2h30 matin. Laissés en plant à un carrefour. L’averse. 2 ou 3 heures d’attente. Puis, direction Verdun, où nous resterons peut-être plusieurs jours.
            Le 50°[5], régiment inénarrable : parapluies et pantalons tombants. Entrée à Verdun[6] saluée par quelques obus inoffensifs pour nous, néfastes au SP. Ville un peu plus démolie, un peu plus pilée, un peu plus brûlée.
            Nous sommes installés à l’hôpital St Nicolas. Literie descendue dans les caves, où flotte une puanteur de vieux sang et de vieux pus. Froid. C’est égal, on dormira richement bien, cette nuit !...
Couvertures neuves, draps propres, luxe éblouissant.

            Les marmites pleuvent par giboulées, avec un son plat, sans résonnance. Un rayon de soleil passe par le soupirail et met un peu de gaîté dans la cave, et une illusion de chaleur. Que je vais bien dormir, cette nuit !

17h30. « Se tenir prêt à partir à la tombée de la nuit pour relever [illisible] secteur Douaumont » Zut ! flûte et peau de lapin ! Et mon plumard ? Piquons vite un petit somme…

18h. « Eh ! Chef, une note pressée. » Elle précise les ordres ci-dessus et prescrit aux [abréviations illisibles] de se tenir à Verdun, au T.C.
Ison va rayonner ; ça m’embête presque d’un côté. Douaumont, il faut voir ça. Mais j’ai pris d’autre part un tel rhume qu’il vaut mieux me soigner un peu. Et puis, Ison sera si heureuse !!... si tranquille que cela endort mon remords.
19h. Relève demain seulement. Tant mieux.

20. 19h30. Départ de la Compagnie. Cafard. La 1ère fois que je reste en arrière.
            Cafard : combien reviendront, et qui ?

21. Ravitaillement à dos de mulets. Tant de boues que les poilus laissent les vivres sur le bord de la route. Pauvres, pauvres bougres ! Il en manque déjà pas mal.
            Ceux qui descendent sont embourbés jusqu’au ventre et trempés jusqu’aux os.
            On dit qu’il y a attaque ce soir.

22 et suivants. Le « Trou de la Mort ».
            Quantité de pieds gelés.

26. Petits papiers ! « Heureux les Français qui verront la journée du 27 avril. »

27. Bombardement violent du quartier du FS Pavé. Hôpital encadré.

28. J’ai vu la journée du 27.4. et ne suis pas plus heureux pour cela !

29. Relève : pertes totales : 31 dont 3 morts.

30. Bombardement : un obus tombe dans la salle à manger du Colonel.
Borcier[7], Marque[8], tués avec un sergent téléphoniste.
Colonel légèrement blessé ; Marquet[9] grièvement.
2 hommes également.
            Des 8 officiers, (ordonnances) restés pour passer les consignes, deux sont rentrés : capitaine Michoux[10], Lieutenant Rousset[11].
            Jullien sérieusement blessé, mais pas gravement.

Soir : Lieutenant Marquet mort. Général de Brigade blessé.
Ça fond.
Général de brigade mort.
Reproposé sous-lieutenant. Il paraît que je n’ai pas les faveurs du capitaine Michoux, avec qui, d’ailleurs, je n’ai jamais eu affaire. Il paraît même que j’ai trempé dans l’affaire du tonneau !!!!.........

Motif de proposition : « Bonne instruction !!! (Grand merci.) Belle attitude au feu. Serait mieux à sa place comme officier que comme sergent-major (jusque là !....) où il rend peu.
            L’ours et son compère !... Dans son esprit, cette petite note à la fin ne peut que me mettre le pied dans l’étrier !

4 mai. Ciel superbe, où dorment les saucisses[12], toutes dorées de soleil.
            Un ouragan brusque. Amarres rompues, désemparées, tourbillonnant, pirouettant, rebondissant comme des balles. Les voilà parties, filant à toute vitesse dans le vent. Descente en parachute des pilotes. Un ne s’est pas ouvert.

Il paraît qu’on monte ce soir, et que c’est ici notre secteur définitif.

6 mai. Relève ce soir. Les poilus ont grise mine.

7. Bombardement effroyable, attaques répétées.
Effectifs : 1er bataillon 350. 2ème 170. 3ème 360.
                 2ème bataillon : 5ème : 58. 6ème : 8. 7ème 87. 8ème 22.
Duperray tué. Oddot. Colomb. Etc… Ligne maintenue.

10. Nappes d’obus passent au-dessus de nous.
Un prisonnier boche affirmait qu’il doit y avoir une attaque cette nuit. Gay.

[Une page blanche de séparation, démarre le récit de la permission suivante]




[1] Préfecture des Vosges
[2] Marche dans la Meuse ; la plupart des noms sont des lieux-dits.
[3] Meuse, Nord de Bar-le-Duc
[4] Flingue, orthographié tel quel dans le carnet.
[5] 50° Régiment d’infanterie
[6] Meuse. On est en pleine bataille de Verdun.
[7] Ami de Paul, voir plus haut.
[8] Lieutenant François Marque (1885-1916)
[9] Lieutenant Jean-Marie Marquet (1872-1916)
[10] Capitaine Georges Michoux (né en 1887)
[11] Sous-lieutenant Antonin Rousset
[12] Ballons d’observation.

dimanche 14 février 2016

Encore le complotisme … 

Entretien sur le complotisme sur BFM et RMC

à l'occasion du colloque sur la lutte contre les théories du complot à l'école (où intervenaient notamment les excellents Rudy Reichstadt et Gérald Bronner)
Ce sujet continue de déchaîner un nombre de réactions vraiment hallucinant … A suivre donc !

samedi 30 janvier 2016

Les deux laïcités

Il y a deux laïcités.
• Une laïcité libérale qui se contente d’assurer la coexistence pacifique des croyances et des non croyances dans un espace public et commun. Elle ne propose aucun contenu, mais seulement un cadre de vie et de tolérance. C’est une laïcité neutre et désengagée.
• Il y a une laïcité anticléricale qui entend éradiquer le religieux comme lieu d’oppression et d’humiliation de la personne au groupe, au passé, aux dogmes. Elle n’est pas neutre, puisqu’elle considère que la vie religieuse est une vie faite d’illusion, de domination et d’erreur ; mais elle n’est pas forcément antireligieuse, pour peu que la religion renonce à être dogmatique (ce qui est, convenons-en, rude pour celle-ci, mais loin d’être impossible).

Je suis intellectuellement et politiquement davantage porté à la première — qui correspond d’ailleurs à l’esprit de la loi de 1905 — qu’à la seconde laïcité. Mais comment ne pas voir qu’une grave objection se présente aujourd’hui à celle-là ? La laïcité libérale est en effet utilisée par les adversaires de la laïcité dans le but de la détruire. Au nom de l’« islamophobie », de la stigmatisation et de l’amalgame, les fondamentalistes s’attachent à déstabiliser et à fragmenter l’espace public en exigeant qu’il tolère les intolérants.

C’est cette stratégie que ne semblent pas percevoir certains des libéraux-laïcs (comme Jean-Louis Blanco et ses défenseurs, Jean Baubérot, …) ou qu’ils considèrent comme non réellement menaçante (comme Olivier Roy qui parle du « mythe de la menace islamique »). Leur argumentation mérite d’être entendue, car elle n’est pas dénuée de sens[1] :
1) Si les islamistes nous obligent à renoncer à nos principes libéraux, ils auront gagné, parce qu’ils auront réussi à nous détruire sans presque combattre (argument de Blanco) : il faut donc maintenir coûte que coûte la laïcité libérale.
2) La menace islamiste est un « mythe » parce que cet islam radicalisé, mixte monstrueux d’ancien et de moderne, ne peut pas gagner dans la mesure où il ne propose rien de positif. Il faut garder son sang froid face à l’émotion de l’événement et de pas changer de route.

Ces deux arguments sont audibles et respectables, mais ils sont très discutables.

1) Contre le premier argument, je dirai que l’on peut lutter contre les adversaires de laïcité sans renoncer aux principes libéraux : c’est la position défendue par Régis Debray (Laïcité au quotidien, guide pratique, avec Didier Leschi, Folio) ; elle me va bien. Pour lui, la laïcité n’est plus une question de principe, mais d’application des principes. Et les égarements de notre temps viennent d’une grande confusion dans cette application : faut-il du halal à la cantine ? NON ! Le voile jusqu’où : les cheveux, la tête, les yeux, l’école, le lycée, l’université, la rue ? Etc … Toutes ces questions sont plus casuistiques que principielles : elles exigent talent, fermeté et médiation ; plus que lois, déclamations et effets de manche ! Le critère en la matière est simple et clair : efficacité !
Aurais-je l’audace de rappeler que c’est ce que j’écrivais dans l’article « Laïcité » du Dictionnaire des sciences humaines (dir. S. Mesure et P. Savidan, PUF) paru en 2006 ? On peut appliquer avec plus de fermeté et de rigueur les principes (libéraux) de la laïcité sans les détruire : il y a même une (très) belle marge. Encore faut-il avoir les idées claires … et c’est cette confusion des esprits plutôt que l’atteinte aux principes que révèlent les égarements passés et présents.

2) Contre le deuxième argument, je dirai qu’en effet l’islamisme radical ne peut pas gagner … mais qu’il peut en attendant faire de très gros dégâts. Et si l’on veut les limiter, il nous faudra collectivement être un peu plus habiles, moins naïfs et surtout plus vigilants qu’on ne l’a été jusqu’alors. Comme je suis un indécrottable optimiste, j’ai tendance à penser que la vigueur des conflits actuels sur le sujet en est le (bon) signe.




[1] Je laisse évidemment de côté ici des arguments moins désintéressés qui voient dans l’électorat islamiste un réservoir utile de voix pour les élections locales … Mais sans nier le moins du monde qu’une telle stratégie délétère non seulement existe mais est affichée et promue … !