mardi 30 août 2016

Un entretien avec Laure Adler

La diffusion de cet entretien avec Laure Adler (France Culture) m'avait échappé, dans le fil de l'été. En voici le lien  Hors Champ du 4 juillet 2016.



Et cet entretien sur la jeunesse dans Les nouveaux chemins de la connaissance (31 août 2016).

L'impuissance publique à l'âge médiatique

Bonne rentrée à tous …
On commence avec les livres politiques qui sortent en masse …

Lu dans le chapitre 68 de Conversations privées avec le Président (A. André et K. Rissouli, Albin Michel), cet aveu lucide et désespéré de F. Hollande :

« Le journaliste de BFM doit tenir l'antenne et les rédactions derrière embrayent. C'est fou ! Le temps est condensé et accéléré. Face à ce temps accéléré, il peut y avoir deux attitudes. Soit je contribue moi-même à l'accélération, j'en fais, j'en fais … [Note de PHT = sous-entendu : c'était la stratégie de Sarkozy] Et je suis usé par les vagues successives. Ou alors j'instaure un phénomène de rareté quasi impossible à tenir [Note de PHT = aucune autre stratégie n'est possible]. Aujourd'hui, je vais aller à Tulle, puis je vais aller à Andorre cette semaine, avec derrière moi les chaînes d'information qui n'ont plus aucune barrière pour accéder à moi. Je suis forcément amené à parler.
Je me souviens encore de Chirac instaurant un système de corde derrière laquelle les journalistes étaient maintenus. Aujourd'hui on mettrait des cordes, on nous dirait : “ Non mais qu'est-ce que vous faites-là ?!” Merkel le fait encore ! Mais nous, on ne peut plus le faire ! [Note de PHT : manque ici la question des journalistes : « Pourquoi, on ne peut plus le faire ? » ] Et donc vous vous retrouvez avec la fille du Petit Journal qui est là et qui vous apostrophe. Vous ne répondez pas une première fois, vous vous détournez, et puis elle revient et vous finissez par lui répondre. Il ne faudrait pas répondre. [Note de PHT : manque ici la question des journalistes : « Pourquoi finit-on par répondre ? » ]

Il y a des époques où on aurait dit aux policiers, aux motards de faire barrage. Aujourd'hui, on est dans une autre époque de traitement de la presse. »

Alors que faire ?, se demande notre Président :

« Non pas essayer d'arrêter la machine, c'est impossible, mais ne pas l'alimenter »

Ce passage est doublement intéressant. Non seulement parce qu'il pointe en parfaite lucidité l'impossibilité d'un gouvernement démocratique à l'âge médiatique, mais parce qu'il révèle une terrible incohérence. Le constat de cette impossibilité s'adresse à des journalistes qui vont s'empresser d'« alimenter la machine » et diffuser l'image d'un Président qui s'occupe plus des médias que des Français et qui se rend donc complice d'un phénomène qu'il dénonce.
Bref, il y a grande urgence à théoriser le nouvel art politique des temps médiatiques.

Pour le reste, ces Conversations n'ont guère d'intérêt (que de la « toute petite politique ») et j'espère de tout cœur que cela vient de la médiocrité des journalistes qui n'ont pas su tirer le meilleur de notre Président, dont j'ai souvenir qu'il avait une belle et pertinente conversation (avant d'être Président).